Casanova, fils de Venise

Portrait de Giacomo Casanova peint par son frère Francesco

 

Si un Vénitien est mondialement connu, il s’agit bien de Giacomo Casanova, archétype du séducteur, fils de cette Venise décadente du XVIII ème qui n’en finit pas de faire la fête – le carnaval durait alors près de six mois par an – symbolisant une époque haute en couleurs, celle de la fin de la Sérénissime.

Giacomo naquit à Venise le 2 Avril 1725 et une plaque commémorative sur le palais Malipiero le rappelle, dans le quartier de San Marco, dans la paroisse de San Samuele. Il était le fils d’une actrice célèbre et son père était directeur de théâtre. Giacomo fut certainement le fils naturel du Noble Michele Grimani, qui finança ses études de théologie et de droit à l’Université de Padoue.

Plaque commémorative de la naissance de Casanova sur le palais Malipiero de Venise

 

En effet, initialement Giacomo aurait dû devenir prêtre : il en fit les études et fit son premier et dernier serment dans l’ église de San Samuele en 1741. Mais il se rendit compte, dès son premier serment, que telle n’était pas sa vocation. Il en abandonna la carrière et laissa libre cours à sa vie d’aventurier, suivant les occasions telles quelles se présentaient à lui. Il devint alors militaire, partit pour Corfou, engagé sur un navire, à la suite de nobles vénitiens en fonction dans ce qu’il restait de l’ancien Empire commercial de Venise. Mais là aussi, il ne s’éternisa pas, nulle part en fait, sa patrie étant le monde, auprès de cette aristocratie avec laquelle il s’entendait à merveille, ayant les mêmes manières et une éducation semblable. Citoyen du monde, on le retrouva dans toutes les cours d’ Europe, à Dresde, Prague, Leipzig etc après s’être enfuit de Venise en 1756 pour ne revenir que dix-huit longues années après. 

                                Le Casanova de Fellini, film culte sur le mythe de Casanova, 1976

Casanova passa à la postérité grâce à ses mémoires : « Histoire de ma vie » manuscrit de plus de 3700 feuillets écrits en Français, la langue internationale de l’époque, qui fut édité intégralement en 1960 en trois volumes puis acheté par la Bibliothèque Nationale de France en 2010 . L’ »Histoire de ma vie » est le récit peu commun d’un épicurien de la fin du XVIII ème siècle qui raconte tout de lui sans rien cacher de ce qui pourrait être considéré comme inconvenant, comme ses nombreuses maladies vénériennes, comment il se soignait, tous ses goûts amoureux, très vastes, ses goûts éno-gastronimiques très contrastés etc. avec une honnêteté désarmante, vrai philosophe prenant la vie comme elle venait, saisissant tout ce qui était bon à prendre, escroc parfois,  joueur de cartes incorrigible, faisant de nombreuses dettes qu’il ne pouvait honorer et devant donc partir de ville en ville laissant un terrain brûlé derrière lui…

En plus de très nombreux épisodes amoureux, il eut une vie très riche en rebondissements. Il mourut loin de sa patrie en 1798 au Château de Dux en Bohême où il finit ses jours comme bibliothécaire du Comte de Waldstein qui lui offrit un bon salaire pour sa vieillesse, un domestique et un carrosse en échange de sa position d’archiviste de la grande bibliothèque du comte.Toutefois, il n’y fut pas heureux, dans une cour de langue allemande qu’il exécrait, seul, obsolète personnage des Lumières dans un monde qui changeait vers des valeurs qui n’étaient pas les siennes : nationalisme alors qu’il était citoyen du monde, prude et fidèle alors qu’il fut le chantre du libertinage, pronfondement chrétien alors qu’il arborait un catholicisme conciliant son mode de vie et la naissance du courant romantique alors qu’il fut un épicurien débridé…Le monde était en train de changer. L ’illuminisme mourut avec lui.

Portrait de Casanova en 1788

 

Lire ses mémoires, écrites au château de Dux, c’est se retrouver en compagnie de ce personnage enjoué, de bonne compagnie,  bon vivant, aimant les femmes et bien s’habiller, boire et manger, la musique et la danse, vivre en société plus que tout, à son aise partout, en haute société comme avec les gens du peuple.

Sa narration nous permet d’apercevoir ce que fut de vivre dans la Venise du XVIII ème siècle et c’est un délice pour nous, lecteurs d’un autre temps, plus de trois siècles après,  de constater comme la vie y était douce pour ces épicuriens à qui tout était permis sans grand souci de moralité. La Venise du XVIII ème siècle était bien plus libre dans sa manière de vivre et de penser qu’on ne l’est probablement aujourd’hui. C’est d’ailleurs ce que tous les voyageurs étrangers répètent inlassablement dans leurs souvenirs de voyage.

L’éditeur vénitien Lineadacqua a publié trois livres dédiés à cette figure mythique de la Venise qui fut. Le premier, que je conseille à tous, est la publication du récit intégral de la fuite des prisons de Venise de Casanova, publié par Casanova à Leipzig en 1788, car il en avait assez de raconter toujours et encore ce haut fait de son histoire personnelle, d’autant plus édifiante que les prisons de Venise étaient réputés de “haute sécurité”…Chaque époque a son Papillon….Et tel est son récit : « Ma fuite des prisons de Venise » en Français dans le texte, 170 pages de dépaysement et d’égayement assuré. C’est aussi l’occasion de découvrir les conditions de vie d’un prisonnier des Plombs de Venise. Vous découvrirez que ce n’était pas Alcatraz, quoi qu’en ait dit la Légende Noire sur Venise créée par les ennemis de Venise, entre autres la France de l’époque, qui haissait Venise car ne la comprenait pas, trop singulière, riche et arrogante.

Ensuite un deuxième petit ouvrage en Français de Dominique Cornez-Joly « La Venise de Casanova : itinéraires d’aujourd’hui dans la ville d’autrefois » 165 pages agrémentées des belles illustrations en couleurs de Brunelleschi publiées en 1950 et de plans des parcours à suivre, quartier par quartier, dans la Venise de Casanova. Cet ouvrage très agréable à lire vous apprend l’essentiel sur Casanova et vous invite à arpenter les lieux qui furent les siens il y a quelques siècles car Venise a fort peu changé depuis…Et c’est bien cela qui nous émerveille, de la retrouver comme elle était autrefois, grâce à ses fondations millénaires que l’on ne peut changer sans devoir tout recommencer en partant des pieux plantés dans le sol fangeux de la lagune, et grâce aux lois actuelles qui n’autorisent plus aucune modification (sauf exceptions rarissimes qui confirment la règle).

Enfin, un troisième ouvrage très intéressant “Casanova à Venise, des mots et des images” signé Michel Delon et Michèle Sajous d’Oria, avec des morceaux choisis des mémoires de Casanova, accompagnés de superbes illustrations en couleurs de scènes représentatives de ce que fut la vie de Casanova : scènes galantes, images de carnaval et de fêtes, gondoles recouvertes de leurs « Felze » (toit en toile noire formant une petite cabine interne) comme c’était alors l’usage, mettant leurs occupant à l’abris des intempéries et….des regards indiscrets.

Et comme toujours chez l’éditeur vénitien Lineadacqua, de très belles couvertures cartonnées sortant de l’ordinaire par l’élégance du graphisme et encore et toujours, du beau papier. Détails importants pour ceux qui aiment les livres également pour ce qu’ils sont, et pas que pour leurs contenus, puisqu’on voudrait les conserver toujours quand ils nous ravissent, ce qui est  le cas avec l’ éditeur vénitien  Lineadacqua.

http://lineadacqua.com

 

 

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