« La somnambule » de Vicenzo Bellini à la Fenice

Fondazione Teatro La Fenice VINCENZO BELLINI, LA SONNAMBULA
Photo ©Michele Crosera

 

« La Somnambule », mélodramme en deux actes de Vicenzo Bellini, eut sa première représentation absolue à Milano en 1831. Le livret est de Felice Romani inspiré de « La Somnambule ou l’arrivée d’un nouveau seigneur » écrit en 1819 puis adapté pour l’Opéra en 1827 par le grand drammaturge parisien Eugène Scribe.

La Fenice reprend le spectacle organisé par Bepi Morassi en 2012, avec pour chef d’orchestre Fabrizio Maria Carminati et les beaux costumes des années trente de Carlos Tieppo.

La Somnambule est considérée le premier des trois grands opéras de Vicenzo Bellini (suivi par « Norma » puis des « Puritains »). L’opéra fut commandité par le duc Visconti Arese de Milan. Ce fut dès le début un vrai triomphe grâce aussi à la participation de vraies étoiles de l’opéra lyrique de l’époque telles que Giuditta Pasta et Rubini. Son interprète la plus célèbre dans le rôle de la protagoniste Amina ne fut autre que la très célèbre Maria Malibran à Venise (l’équivalent de la Callas de l’époque) et c’est à partir du 8 avril 1835 que le théâtre vénitien San Giovanni Grisostomo pris son nom, devint le théâtre Malibran, en remerciement à la chanteuse lyrique d’ avoir enièrement offert son cachet au théâtre, alors en mauvaises eaux.

Le succès de la Somnambule à l’étranger ne se démentit pas : dès 1841 il se joua à New York, Saint-Pétersburg, Helsinki, Odessa et Istanbul. Tout ceci contribua à diffuser dans le monde entier l’image presque mythique du lyrisme sentimental de Bellini jusqu’à nos jours.

La Somnambule nacquit dans une période de transformations profondes du mélodramme italien : la décénie (1829-39) entre la retraite de Rossini et l’apparition de Verdi.

Dans un décor montagnard et pastoral, la protagoniste Amina incarne l’idéal de l’héroine romantique qui se diffusera dans les années 1850 avec les auteurs alors en vogue tels que Walter Scott, Friedrich von Schiller, George Byron et Victor Hugo. Le somnambulisme, que l’on avait à peine découvert, était devenu une véritable mode : tous les spectacles ou presque vantaient une scène de somnambulisme, toutes présentées de la même manière : en chemise de nuit et robe de chambre, pieds nus, cheveux défaits, yeux fermés ou ouverts mais imperméables à la réalité et aux dangers alentours, marchant sur les rebords des fenêtres ou des toits, jouant avec leur destin, frôlant la mort.

Fondazione Teatro La Fenice VINCENZO BELLINI, LA SONNAMBULA
Photo ©Michele Crosera

 

Le XIX ème siècle fut un siècle ô combien masculin : révoltes, guerres, luttes pour l’indépendance, où l’autorité du père n’était pas discutée. Aux femmes étaient alors réservées le sacrifice et la renonciation.

Avec le Romantisme la violence contre les femmes est esthétisée et les protagonistes des œuvres lyriques ne peuvent que chanter leur propre défaite puis mourir. Le chant du cygne en quelque sorte. Dans toutes les œuvres lyriques de cette époque les aspirations féminines et l’expression du désir féminin conduit inévitablement à être punie par la mort, ou dans le meilleur des cas, à sombrer dans la folie. C’est donc les larmes aux yeux que l’on suit les mésaventures de nos sœurs d’un siècle révolu marchant à petits pas feutrés en équilibre sur le bord du précipice. Révolu ? Alors pourquoi un obscur pressentiement me souffle que nous marchons encore et toujours sur le fil de la lame ?

Fondazione Teatro La Fenice VINCENZO BELLINI, LA SONNAMBULA
Photo ©Michele Crosera

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