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A la découverte de la crypte de la Basilique Saint-Marc

Nombreux sont ceux qui ignorent que la basilique Saint-Marc a une crypte très ancienne. Malheureusement, on ne peut pas la visiter sauf à l’occasion de rares évènements privés (mariages, messes spécifiques à un corps de métiers etc.). Encore moins nombreux sont ceux qui savent que cette incroyable ville de Venise recense quatorze cryptes, pratiquement toutes fermées au public à l’exception de la crypte de l’église de San Zaccaria et celle de l’église de San Simeone piccolo (Santi Simeone e Giuda Taddeo) en face de la gare.

Voici pourquoi je vous invite à la découverte de la crypte de la basilique de San Marco, pour partager avec vous sa beauté sacrée grâce aux magnifiques photos réalisées par Sissi Martin et François Reboul, qui m’y ont accompagné un beau jour d’Octobre.

D’abord, qu’est ce qu’une crypte? Il s’agit d’une structure architectonique en forme de chapelle placée sous l’église, généralement sous le presbytère ou du transept. Destinée à la protection de saintes reliques et au culte de sépultures sacrées, les cryptes sont généralement dotées d’ un escalier sur les parties latérales du presbytère. La basilique Saint-Marc est équipée de deux escaliers latéraux qui descendent vers des portes dotées d’architraves byzantines datées du X ème siècle. La structure périmétrale est en briques apparentes, comme dans toute la ville de Venise, du fait de la légéreté de ce matériel pour éviter que le poids des constructions sur un sol fangeux ne compromettent la stabilité des édifices. Ce qui explique la nécéssité de renforcer avec des pilotis en bois toutes les fondations en bordure de lagune ou de canal comme c’est le cas de la place Saint-Marc.

La basilique Saint-Marc est un édifice complexe fruit de la reconstruction au XI siècle d’un édifice précédent commencé par le doge Domenico Contarini (1042-1071) et conclu l’année de sa consécration en 1094 sous le doge Vitale Falier. Ainsi, l’appellation“contarinienne” se réfère à la phase de construction de la basilique du XI siècle, qui était sous la Sérénissime l’église d’Etat du Dogado. Il ne s’agit donc pas de la cathédrale – située à San Pietro di Castello jusqu’à la fin de la République en 1797- mais d’une église étroitement liée au pouvoir des Doges. Elle a été fondée par le doge Giustiniano Partecipazio qui disposa dans son testament en 829 qu’elle soit construite pour y conserver la sainte relique de l’évangéliste Marc arrivé peu avant à Venise d’Alexandrie, lieu du martyre de Saint-Marc, qui était parti évangéliser l’Egypte. Son tombeau était l’objet de dévotion et de pellerinages. Mais l’avancée islamique en Égypte mettait en difficulté les moines du santuaire qui craignaient que sa tombe ne soit vandalisée et démolie, les mahométans volant en effet les pierres déjà taillées des églises chrétiennes pour construire de nouvelles mosquées à moindre fatigue.

Deux marchands vénitiens téméraires décidèrent donc de dérober à ce risque de profanation le corps du Saint pour le mettre en sécurité à Venise. Le culte de Saint-Marc était déja présent dans tout le nord de l’Adriatique, étant donné que Marc avait évangélisé la ville d’Aquilea, capitale de la X Région de l’Empire romain et qu’il y avait ordonné le premier éveque Ermacora. Au début du IX siècle ce vol eut une forte valeur politique et assura à la Venise naissante le titre patriarcale et donc la primauté sur Aquilea. Cette dernière rivalisait alors avec la ville de Grado, siège du patriarche du diocèse du Dogat, qui avait été attribué à Aquilea lors du synode de Mantoue en 827. Mais la posséssion de la sainte relique changea tout. La grande aventure de Venise commençait.

Le point focal de la crypte est la chapelle abritant la relique du saint. Elle est constituée de quatre colonnes massives avec des chapiteaux soutenant un bloc de marbre rose de Vérone rectangulaire et monumental qui s’élève jusqu’au plafond, où se trouvait jusqu’au XIX ème siècle la relique de l’évangéliste. La sur-élévation de l’aire presbytériale constitue une modification du modèle de Constantinoples et est due à la présence de la crypte, visible de l’extérieur par ses petites fenêtres ouvertes à la base du presbytère.

La datation de la crypte reste l’objet de thèses discordantes. Elle a par ailleurs été fermée pendant des siècles. Dès 1569, il fut décidé de la fermer au public pour des motifs de sécurité. Elle n’a été rouverte qu’au XIX ème siècle, quand la situation poltique avait complètement changé: la République Sérénissime n’existait plus et la basilisique de San Marco n’était plus l’église du Doge mais le nouveau siège du patriarche de Venise qui s’y transféra de San Pietro di Castello. La première intervention du XIX ème siècle fut de rapporter la sainte relique dans le lieu le plus élevé de l’église, sous l’autel majeur, exposée aux regards de tous. L’architecte Ettore Vio, qui a dirigé de 1981 à 2016 les travaux de restauration de la basilique de San Marco, a également mis en sécurité la crypte entre 1985 et 1992 contre les marées hautes.

D’après les travaux de restauration réalisés en XIX ème siècle, les experts sont arrivés à la conclusion suivante: que la crypte est une survivance des phases les plus anciennes de construction, probablement la première église de Saint-Marc construite au IX ème siècle, proche du palais ducal et à la pré-existente église de San Teodoro, reconvertie ensuite en crypte lors du chantier contarinien.

Pour en savoir plus:

wwww.basilicasanmarco.it

– “Le Cripte di Venezia” Edizioni Chartesia (livre en italien et en anglais)

Pubblicato da Hélène Sadaune

Master II d'Histoire Moderne de la Sorbonne Paris IV, j'ai travaillé pendant plus de 20 ans pour la C.E. Résidente depuis plus de trente ans à Venise, guide conférencière à Paris et Venise, je suis une passionnée de la civilisation vénitienne et de cette ville hors-norme. Comptez sur moi pour vous tenir informé!

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