Roger de Montebello au musée Correr

Roger de Montebello, peintre français en “exil” volontaire à Venise depuis de fort longues années, expose au musée Correr – place Saint-Marc – ses magnifiques et énigmatiques “Portraits de Venise et autres portraits” jusqu’au 10 Septembre 2017. C’est une exposition incontournable, que vous, amoureux de Venise, ne pouvez manquer.

Son exposition a eu l’honneur d’être présentée lors du vernissage par le célèbre critique d’art Jean Clair, vivant monument culturel qui peut se vanter de ne jamais avoir eu la langue de bois.

Les oeuvres singulières de Montebello reflètent une Venise sublimée, vide de ses habitants et des touristes qui la surpeuple, la foule étant annulée aux yeux de l’artiste par sa beauté.

Ses toiles sont exposées à l’intérieur du Musée Correr, plus beau que jamais depuis qu’il a été restauré grâce au Comité Français pour la Sauvegarde de Venise.

Ses vastes peintures, d’une blancheur éblouissante en ce qui concernent les portraits de Venise, côtoient la perfection des marbres de Canova, des tableaux racontant la Grandeur passée de Venise et son histoire, le bonnet ducal, les urnes de vote – car à Venise la noblesse élisait son représentant, le Doge de Venise – des fragments de galères anciennes qui ont fait la victoire des batailles navales d’autrefois et tant d’autres pièces à conviction rappelant la splendeur qui fut. Les oeuvres ne se mélangent pas et se complètent, en parfaite harmonie.

Roger nous dit: “Les grands formats de Venise présents içi représentent pour moi le monde de la clarté, de la transparence et du mystère apollinien. Ils ont été réalisés à l’atelier, mais après de nombreuses confrontations préalables avec le réel, en plein air, dont ils sont une purification. Quelques thèmes dominent: la porte des Terese, la Punta della Dogana, San Michele, Venise émergeant de la lagune. Ils me parlent du passage d’un état à un autre et de l’unité du monde, où la matière se dissout dans la lumière”.

Plus que tout m’ont frappé les tableaux incantatoires des portes. Roger nous transmet sa vision de la porte latérale de la petite église de Sant’ Agnese, du sestier de Dorsoduro, et la décline en de nombreuses versions toutes plus belles les unes que les autres, vibrantes de la lumière du jour, reflétée par l’eau du canal, comme l’ont fait en leur temps des géants du passé comme Monet peignant avec ferveur toujours la même cahtédrale de Rouen, vue du même angle, mais toujours différente grâce à la dilatation du temps et de la lumière.

Sa peinture sublime la petite porte de Sant’ Agnese: elle apparaît monumentale, d’une blancheur éclatante et virginale, l’eau du canal devient d’un cinglant bleu outremer comme les vitraux gothiques de nos cathédrales, et on retrouve la même couleur bleu outremer palpitant à l’intérieur de la porte, fulcre de l’éternité.

Ecoutons Roger de Montebello: “La porte des Terese inspire ma peinture depuis 1990. Majesteuse et simple, elle perce un mur conventuel austère posé sur un quai, au bord d’un petit canal vénitien (…) Comme toute autre porte elle est à la fois objet matériel et lieu de passage. Un passage vers quoi? (…) Vers d’autres portes, dédoublées et décalées comme une fugue musicale, donc une porte ouverte sur elle-même, peut-être à l’infini?(…) Et si le passage était simplement dans la vibration même de la porte, passage de la matière vers l’énergie ou vers l’esprit”.

Voilà, vous l’avez compris: la peinture de Roger reflète l’âme de Venise, son esprit qu’il contemple et adore comme on adore l’agneau mystique conservé jalousement au creux du temple, dans le saint des saints, la lumière bleue outremer que l’on entrevoit au fond de la Porte et qui nous appelle pour nous faire participer à son mystère: l’amour de la vie et de sa beauté.

Roger, comme les moines anciens,  s’assoit auprès d’elle avec sa boite à couleur. Pinceau à la main, il trace d’un trait son émotion.   Puis il ramène son trésor dans son vaste atelier donnant sur le Grand Canal, où il sculpte l’émotion vécue pour l’offrir aux yeux des croyants. Il y a du mysticisme en Roger. Je le soupçonne de croire encore que la Beauté sauvera le monde. Seule cette croyance permet de transmettre avec ardeur la beauté palpitante qu’il a perçu, recueilli auprès d’elle.

 

Www.museecorrer.it

Le très beau et original catalogue de l’exposition a été réalisé sous la forme d’un élégant portfolio contenant des planches imprimées sur papier X-PER sur la Terre-Ferme par l’éditeur vénitien Lineadacqua Edizioni.

Www.lineadacqua.it

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