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L’Abbaye de San Giorgio Maggiore

Visiter l’île de San Giorgio Maggiore est un incontournable et c’est un lieu où il n’y a jamais beaucoup de monde même en plein été quand la ville et le quartier de Saint-Marc situé juste en face sont pris d’assaut par des milliers de touristes. Il est vrai que tout ceci nous paraît très lointain.  Aujourd’hui, nous avons toujours l’opportunité de visiter la magnifique Abbaye de San Giorgio et son campanile et de faire suivre cette belle découverte par une pause gourmande au San Giorgio Café, l’unique et excellent restaurant de l’île qui mérite de s’y arrêter (ouvert uniquement le week end en cette période sinistrée).  En temps normal, l’île de San Giorgio vous permet  aussi de visiter la Fondazione Cini et ses jardins ou d’aller au concert au suggestif Auditorium Cini, l’unique salle de spectacle de Venise avec vue sur la lagune. Aujourd’hui toutes les activités en lieux clos sont fermées pour un temps indéterminé.

Un peu d’histoire.

La Basilique de San Giorgio Maggiore
L’édifice religieux actuel fut commissionné à l’architecte Andrea Palladio afin de refaire complétement l’ancienne église des moines bénédictins présents sur l’île depuis 982. La première pierre fut posée en 1565 et le projet terminé en 1610, après la mort du grand Palladio, qui eut lieu en 1580 Vincenzo Scamozzi et Simone Sorella le complétèrent en suivant fidèlement les plans de Palladio. C’est Simone Sorella qui acheva la magnifique façade Palladienne. Une statue en bois recouverte de cuivre d’environ quatre mètres de hauteur représentant Saint-George fut placée au sommet de la coupole, au lieu de la croix traditionnelle. Cette statue a été restaurée en 2013-2014 et l’original est conservé dans le couloir d’accès portant à l’ascenseur du clocher de San Giorgio. Jouxtant l’église, le campanile s’était écroulé en 1774 mais il fut reconstruit à l’identique selon l’usage en Italie. En 1900, l’église fut proclamée Basilique per décret papal lors de la commémoration du centenaire de l’éléction du pape Pie VII.

©Raffael Teodoro Alzetta

L’intérieur de la Basilique est décoré de toiles de Maîtres comme Jacopo et son fils Domenico Tintoretto, Palma il Giovane, Vittore Carpaccio, Jacopo et Leandro da Bassano, Matteo Ponzone, Sebastiano Ricci ainsi que par des sculptures de Girolamo Campagna, Alessandro Vittoria et Niccolò Roccatagliata. Derrière l’autel majeur on peut admirer le splendide choeur en bois sculpté par Gaspare Gatti et Albert Van Der Brulle.

©Raffael Teodoro Alzetta

La tradition situe l’année de la fondation de l’église primitive sur l’île de Saint-George vers 790, grâce au doge Participazio qui la finança. En 982, l’île de Saint-George fut donnée par le doge Tribuno Memmo au moine bénédictin Giovanni Morosini, qui fit édifier le premier monastère dont il fut le premier abbé. Grâce à d’importantes donations le monastère de Saint-George connut un développement important au point de devenir un des centres théologiques, culturels et artistiques européens majeurs. 

©Hélène Sadaune

Dans la deuxième moitié du XVI siècle Andrea Palladio suivit les travaux du réfectoire des moines.  L’immense toile des “Noces de Cana” de Paul Véronese (70 m2 de toile peinte) commandée par les Bénédictins en 1562, aurait dû l’orner, mais elle orne désormais le Louvre, car elle fut rapportée par les troupes napoléoniennes comme butin de guerre comme c’était alors l’usage. Le travail de Palladio plut tellement aux moines qu’ils lui commissionèrent en 1565 la construction de la nouvelle église et du second cloître, connu aujourd’hui comme cloître palladien. Palladio ne put voir son oeuvre terminée puisqu’ il mourut en 1580. C’est sous la direction du non moins célèbre Baldassare Longhena, le plus grand architecte vénitien du XVII ème siècle, que fut réalisé l’escalier d’honneur, la nouvelle façade du monastère, le noviciat, l’infirmerie et la maison d’hôtes. 

A la chute de la République en 1797, le monastère vit ses plus beaux trésors dérobés par les troupes napoléoniennes, dont les Noces de Cana comme écrit précédemment. Ce que l’on sait moins est qu’en 2007 le Louvre a offert une copie parfaite de première qualité aux moines bénédictins: un gigantesque scanner de l’original, y compris avec ses imperfections, réalisé par le laboratoire de l’artiste anglais Adam Lowe. La toile scannerisée a ainsi été replacée à sa place originelle, dans l’ancien réfectoire des Bénédictins, devenue aujourd’hui salle de conférence.

En 1800, pendant l’occupation de la ville de Rome par l’armée napoléonienne, le conclave pour l’élection du pape Pio VII eut lieu dans la Basilique de San Giorgio, dans la dite “salle du conclave” où est exposée la magnifique toile de Vittore Carpaccio de “Saint-George tuant le dragon”.  En 1806, le monastère fut fermé par les lois napoléoniennes et la plupart des biens qui y étaient restés furent vendus ou volés. Quelques moines obtinrent de rester pour administrer la basilique, pendant que le monastère devenait un dépôt d’armes. Il le resta également sous le gouvernement Austro-Hongrois puis sous le Règne d’Italie, devenant un lieu abandonné de tous, dans un état déplorable. 

©Abbaye San Giorgio Maggiore

La rédemption arriva avec le conte Vittorio Cini en 1951 qui fit restructurer l’abbaye avec l’institution de la Fondation Cini en mémoire de son fils Giorgio, qui mourut en guerre, contribuant à la renaissance de la communauté bénédictine sur l’île. L’église et certains lieux de l’île sont administrés par les moines bénédictins de la Communauté de Praglia, près de Padoue, qui s’y installèrent en 1957. Après plusieurs décénies d’autonomie, en 2012 la communauté de Saint-George est canoniquement une maison dépendante de l’Abbaye de Praglia.  

©Abbazia di Praglia

Parmi les espaces du monastère conçus par Andrea Palladio, il y a l’ancienne sacristie, qui fut construite à la fin du XVI siècle. Elle a été complètement restaurée en 2011. A l’intérieur, nous pouvons admirer deux toiles importantes, dont la “Présentation de Jésus au temple” de Palma il Giovane, le disciple majeur de Titien, une de ses premières toiles.

©Abbazia San Giorgio Maggiore

La deuxième est “Saint-George tuant le dragon” réalisé vers 1594 attribuée à la boutique de Domenico Tintoretto, le fils aîné de Jacopo Tintoretto.

©Abbazia San Giorgio Maggiore

Remarquable aussi la grande horloge constuite à même le mur de pierre et peinte sur le mur de la salle, du XVII siècle.

©Hélène Sadaune

La chapelle de la Déposition, chapelle interne du monastère (non ouverte au public) appelée aussi “chapelle des morts” était utilisée autrefois à la sépulture des moines défunts, comme le témoigne la présence de nombreuses pierres tombales sur le sol. Elle est actuellement utilisée par les moines bénédictins comme lieu de prière quotidienne. La porte d’entrée de la chapelle correspondrait d’après les sources historiographiques à l’entrée de l’église primitive érigée en 790. 

Elle est ornée d’une superbe Déposition peinte par Jacopo Tintoretto en 1594 et connue pour être la dernière oeuvre du Maître avant sa mort le 31 mai de la même année.  On peut y noter l’auto-portrait du Tintoret, qui avait alors 75 ans, représenté sous les traits de Giuseppe d’Arimatea, le barbu en bas à gauche, vétu de rouge, qui soulève le Christ.  

©Abbazia San Giorgio Maggiore
©Abbazia San Giorgio Maggiore

La salle du conclave de 1800

Cette pièce était à l’origine le choeur nocturne du monastère, où se réunissaient les moines pour les prières de nuit. Mais cet espace est passé à l’histoire avec le conclave de 1800, au cours duquel fut élu le pape bénédictin Barnaba Chiarimonti sous le nom de Pio VII. Sur chaque stalle a été fixée une plaque commémorative avec le nom de chaque cardinal alors présent à ce singulier conclave qui eut lieu à Venise. C’est dans cette pièce que nous trouvons le fameux CarpaccioSaint-George tuant le dragon” de 1516, ainsi qu’une toile intéressante d’ Antonio Vassillacchi (1591) L’Albero della religione benedettina” représentant l’arbre généalogique de l’ordre des bénédictins, à la racine duquel nous trouvons Saint-Benoît.  

©Raffael Teodoro Alzetta

Albert Van den Brulle et Gaspare Gatti réalisèrent le choeur et les stalles en bois finement sculpté au début du XVII siècle.  Le choeur est le fruit d’une collaboration entre le flamand Van der Brulle et le bergamasque Gatti.   Il est composé de 82 stalles dont 48 sont sculptées illustrant les épisodes de la vie de Saint-Benoît selon les “Dialogues” du pape Grégoire Le Grand. Les statues des douze apôtres en délimitent les sept accès. Est également attribué à Van den Brulle le splendide Saint-George posé sur le sommet du grand pupitre au centre du choeur.

©Abbazia San Giorgio Maggiore

 

Vittore Carpaccio a peint ce suggestif “Saint Georges tuant le dragon”. Il s’agit d’une huile sur toile daté 1516. La disposition des personnages reprend la composition d’une autre oeuvre réalisée par Carpaccio en 1507 ayant le même sujet pour la Scuola di San Giorgio degli Schiavoni. Sont présents des éléments se référant à l’histoire du monastère (Saint-Jérôme en haut à gauche, le Martyre de Saint-Étienne en haut à droite) et une prédelle avec des épisodes du martyre de Saint-George selon le récit de “La Légende Dorée” de Jacques de Voragine.

 

Pour en savoir plus:

Abbazia di San Giorgio Maggioreabbaziasangiorgio.it)

 

Pubblicato da Hélène Sadaune

Master II d'Histoire Moderne de la Sorbonne Paris IV, j'ai travaillé pendant plus de 20 ans pour la C.E. Résidente depuis plus de trente ans à Venise, guide conférencière à Paris et Venise, je suis une passionnée de la civilisation vénitienne et de cette ville hors-norme. Comptez sur moi pour vous tenir informé!

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